04/02/2026
Kinshasa - Rdc
International Justice

Procès de Roger Lumbala à Paris : l’ex-chef rebelle récuse la Cour, ses avocats et refuse de comparaître

Coup de théâtre à la première audience du procès de l’ex-rebelle congolais Roger Lumbala, qui s’est ouverte ce mercredi 12 novembre 2025 devant la Cour d’Assises de Paris. L’ancien député, sénateur et ministre congolais a créé la surprise en récusant la Cour et ses propres avocats, avant d’annoncer son refus de comparaître.

« Je considère que la France est non compétente pour me juger. Je considère la procédure inévitable. Je récuse mes avocats, je récuse d’être représenté par un autre avocat. Je refuse de comparaître devant cette cour et je demande de me retirer de la salle d’audience et de ne plus revenir », a déclaré Roger Lumbala, avant de conclure :
« Faites la justice française comme vous voulez. »

Face à cette déclaration, la défense de l’accusé, conduite par Me Tshibangu Kalala, a demandé l’extradition de Roger Lumbala vers la RDC, estimant que la France ne peut juger un ressortissant congolais pour des faits commis à des milliers de kilomètres de son territoire.

« Vous n’allez pas poursuivre quelqu’un pour crimes contre l’humanité à 8 000 kilomètres. Il n’y a aucun témoin dans la salle qui puisse venir soutenir sa cause », a plaidé l’avocat.

Un procès inédit sous le principe de compétence universelle

Roger Lumbala Tshitenga, ancien chef du Rassemblement Congolais pour la Démocratie-National (RCD-N), un mouvement rebelle actif dans l’Est de la RDC durant la Seconde Guerre du Congo (1998-2003), est poursuivi pour complicité de crimes contre l’humanité.
Les faits reprochés concernent l’opération “Effacer le tableau”, menée entre 2002 et 2003 dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Cette opération est tristement célèbre pour les atrocités commises contre des civils, notamment les populations Mbuti et Nande : meurtres, viols, tortures, réductions en esclavage, pillages et même des cas de cannibalisme forcé.

Ces crimes sont prévus et réprimés par les articles 212-1, 213-1, 213-2, 121-6 et 121-7 du Code pénal français, ainsi que par les articles 689 à 689-11 du Code de procédure pénale. Selon le dossier de presse du parquet, Roger Lumbala encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Un procès à portée historique

Ce procès constitue une première application du principe de compétence universelle en France pour des crimes de droit international commis en République démocratique du Congo. Il s’agit d’un cas rarissime impliquant un ancien ministre congolais, poursuivi pour des faits relevant de la période des conflits armés en Afrique centrale.

Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, qualifient ce procès d’historique.
Pour elles, il s’agit d’une étape majeure dans la lutte contre l’impunité des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en RDC durant les années de conflit.

La Cour d’Assises de Paris doit poursuivre les débats malgré la décision de l’accusé de ne plus comparaître. Ce procès, hautement symbolique, est suivi de près par les milieux diplomatiques et les défenseurs des droits humains, tant en France qu’en RDC, où il ravive la mémoire douloureuse de la guerre qui a fait des millions de morts.

Joel Bialosuka

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