01/11/2026
Kinshasa - Rdc
Société

Bukavu : 30 ans après son assassinat, Mgr Munzihirwa Mwene Ngabo demeure une figure de résistance à la violence à l’Est

Trente ans après sa mort, la mémoire de Mgr Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo, ancien archevêque de Bukavu, demeure vivante dans l’histoire du Sud-Kivu. Abattu le 29 octobre 1996 dans sa propre ville, au cours de l’avancée des forces rebelles de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), soutenues par l’armée rwandaise, le prélat reste associé à la défense des réfugiés et à sa dénonciation des violences qui ravageaient l’est de l’actuelle République démocratique du Congo. Son assassinat, attribué à des militaires rwandais dans le récit historique de cette période, n’a toujours pas été sanctionné par la justice.

Nommé archevêque de Bukavu en 1994, Mgr Christophe Munzihirwa s’est retrouvé au cœur d’une crise régionale provoquée notamment par les conséquences du génocide rwandais. Des centaines de milliers de réfugiés avaient traversé la frontière pour se retrouver au Zaïre, aujourd’hui RDC, où des camps étaient également contrôlés par d’anciens responsables militaires et des miliciens hutus. Présentant ces camps comme une menace pour sa sécurité, le nouveau pouvoir rwandais, dirigé par Paul Kagame, a engagé des opérations militaires au-delà de ses frontières, invoquant notamment le droit de poursuite.

Ces interventions, menées avec le concours des rebelles de l’AFDL de Laurent-Désiré Kabila, ont ouvert une nouvelle période de violences dans l’est du Congo. La brutalité des opérations militaires rwandaises, les souffrances des populations civiles et les conséquences de la guerre sur les ressources naturelles de la région figurent parmi les questions qui continuent d’alimenter les débats sur cette période.

Pendant les deux années qu’il a passées à la tête de l’archidiocèse de Bukavu, Mgr Munzihirwa, jésuite formé en sciences sociales à l’Université de Louvain, s’est imposé comme une voix critique face aux violences. Il a défendu les réfugiés, dénoncé les responsables de la guerre et appelé la communauté internationale à agir pour mettre fin à une crise qui menaçait la stabilité de toute la région des Grands Lacs. Cette prise de position l’a placé en opposition avec les forces armées rwandaises et leurs alliés congolais.

Le 29 octobre 1996, alors qu’il quittait l’archevêché pour rejoindre le collège, l’archevêque voyageait à bord d’un véhicule conduit par son chauffeur, accompagné d’un militaire congolais chargé de faciliter le passage aux postes de contrôle. À hauteur de la place Nyawera, à Bukavu, des militaires rwandais l’auraient extrait de son véhicule avant de l’interroger brièvement, puis de l’abattre. Ses deux compagnons ont également été tués.

Le lendemain, son corps a été retrouvé appuyé contre la clôture de l’entreprise Sinelac. Des missionnaires xavériens l’ont ensuite récupéré. La terreur provoquée par les opérations militaires avait alors poussé une partie de la population à fuir, tandis que d’autres habitants restaient enfermés chez eux. Dans ce climat de peur, seules 71 personnes ont assisté à ses funérailles célébrées à la cathédrale. Faute de moyens, son cercueil avait été fabriqué à partir de vieux bancs d’école, avant son inhumation devant l’édifice religieux.

Trois décennies plus tard, ce meurtre demeure impuni. La place Nyawera, où l’archevêque a perdu la vie, porte désormais son nom, rappelant aux générations successives les circonstances tragiques de sa disparition. La cause de sa béatification, ouverte en 2016, est toujours en cours au sein de l’Église catholique.

L’épreuve n’a pas épargné son successeur, Mgr Emmanuel Kataliko. Lui aussi s’était opposé aux violences et aux agissements des groupes armés soutenus par Kigali. Les rebelles du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) l’avaient accusé de propager la haine antitutsie. Il avait alors été contraint de séjourner pendant sept mois à Butembo, au Nord-Kivu, sans pouvoir regagner son archidiocèse de Bukavu.

Après avoir finalement retrouvé son diocèse, il n’y passa que trois semaines. En 2000, alors qu’il se trouvait à Rome pour participer à un symposium, il fut victime d’un malaise et mourut dans un hôpital de la capitale italienne, à l’âge de 68 ans.

Trente ans après l’assassinat de Mgr Christophe Munzihirwa, son parcours reste celui d’un homme d’Église qui avait choisi de dénoncer la guerre et de défendre les populations exposées à la violence. Sa mort, survenue dans un contexte marqué par les opérations de l’armée rwandaise en territoire congolais, demeure un symbole douloureux de l’impunité et des souffrances imposées aux populations de l’Est de la RDC.

Paluku Kaseso Elias

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