La République démocratique du Congo a officiellement tourné la page de la 16ᵉ épidémie d’Ebola le 1ᵉʳ décembre 2025, après 42 jours d’observation sans nouveau cas dans la zone de santé de Boulapé, province du Kasaï. Une victoire en six semaines seulement, saluée comme un tournant décisif dans la gestion des urgences sanitaires au pays.
Mais pour le Directeur général de l’Institut national de santé publique (INSP), Dr Dieudonné Mwamba Kazadi, ce succès n’autorise aucun relâchement.
“ Le virus Ebola est imprévisible. Ce n’est pas parce qu’une épidémie est éteinte qu’il ne reviendra pas demain. Nous devons rester en alerte à chaque instant, continuer la surveillance et garder nos équipes prêtes à intervenir immédiatement ”, insiste-t-il.
Le DG souligne que la réactivité de cette riposte est liée à la montée en puissance du Centre des opérations d’urgence de santé publique (CUSP), une riposte opérationnelle avant même la confirmation du premier cas.
“ Dès les premières rumeurs de cas suspects, nos équipes étaient déjà en mouvement. Lorsque la confirmation est tombée, nous n’avions plus à improviser, tout était déjà lancé : le déploiement du personnel, les équipements, le plan d’intervention. C’est ce qui a fait la différence ”, a-t-il fait savoir.
Il a rappelé que la gestion de la crise ne repose plus sur des structures temporaires comme avant mais plutôt par l’installation d’une institution permanente.
“ Nous avons appris des épidémies précédentes. Aujourd’hui, la RDC dispose d’une institution permanente, capable d’agir sans délai et sans attendre de financements extérieurs pour commencer le travail ”, a-t-il souligne.
Sur cette meme lancée, le directeur général de l’INSP a révélé qu’un laboratoire mobile, traitement rapide, vaccination massive a été mise en place, un des principaux leviers ayant permis de casser la chaîne de transmission.
“ En installant un laboratoire mobile sur place, nous avons réduit les délais de diagnostic de plusieurs jours à moins de 24 heures. Une prise en charge rapide sauve des vies. Et plus nous détectons tôt, plus nous isolons tôt.
Ensuite, la vaccination en ceinture a permis de protéger l’ensemble du personnel soignant et les communautés autour des cas. Nous avons administré des dizaines de milliers de doses en très peu de temps. Cela a tout changé ”, a-t-il dit.
Pour réussir ce parti, l’INSP a pu compter sur les communautés locales. “ Les chefs coutumiers et religieux ont porté le message. Quand la population comprend que nous venons pour sauver des vies, elle ne se cache plus. Sans leur confiance, nous ne pourrions rien faire ”, a-t-il reconnu.
Cette mission s’est avérée plusieurs complexe face au contexte difficile d’une zone enclavée qu’est Bulape.
“ Quand vous devez parcourir 35 km en trois heures de route dégradée, et que tout le personnel de santé a fui sous la peur, vous réalisez l’ampleur du défi.
Il a d’abord fallu reconstruire la confiance, redonner vie à l’hôpital avant même de soigner ”, ajoute le DG Dieudonné Mwamba.
Sur la question de savoir si l’épidémie avait éclaté en zone de guerre, le patron de l’INSP a confié que cela aurait constituer un risque majeur.
“ Les combats empêchent l’accès aux malades. Quand une équipe médicale ne peut pas atteindre un village, le virus, lui, s’y rend sans difficulté. Nous l’avons vu dans l’Est par le passé : plus la situation sécuritaire se dégrade, plus l’épidémie devient dangereuse ”, a-t-il confié, tout en demeurant optimiste.
“ Nous avons déjà vaincu Ebola à Beni malgré une guerre ouverte. Rien n’est impossible lorsque toutes les forces se mobilisent. ”
« Il faut rester prêts, partout, tout le temps »
Pour le Dr Mwamba, cette épidémie laisse une leçon clé :
“ Ce que nous avons réussi à Boulapé doit devenir la norme, pas l’exception. Le virus reviendra un jour. Mais la différence, c’est que cette fois, nous serons prêts. La vigilance, c’est notre meilleur vaccin ”, a-t-il conclu.
Par cet exercice devant la presse, le DG de l’INSP a démontré la résilience de son équipe face à la complexité de la situation sur le terrain mais aussi la dégradation des infrastructures qui rend la réponse sanitaire plus difficile que prévue.



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