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Journée internationale des droits des femmes : des journalistes sensibilisés aux enjeux juridiques et sanitaires de l’article 14 du Protocole de Maputo

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le Réseau des journalistes pour la santé sexuelle et reproductive (RJSSR), en collaboration avec Marie Stopes RDC, a organisé un déjeuner de presse le samedi 7 mars 2026 à Kinshasa autour de la compréhension de l’article 14 du Protocole de Maputo.

Placée sous le thème « Mise en œuvre de l’article 14 du Protocole de Maputo : enjeux juridiques et sanitaires », cette rencontre a réuni plusieurs professionnels des médias ainsi que des experts des domaines juridique et médical.

L’objectif de cette activité était de renforcer les capacités des journalistes afin d’améliorer leur compréhension des dimensions juridiques et sanitaires liées à l’application de l’article 14 du Protocole de Maputo en République démocratique du Congo.

Adopté en 2003 par l’Union africaine à Maputo, ce protocole traite spécifiquement du droit des femmes à la santé et aux droits reproductifs. L’article 14 engage notamment les États signataires à garantir l’accès des femmes à l’information et aux services de santé reproductive, notamment la planification familiale et les soins liés à la maternité. Il reconnaît également aux femmes le droit de contrôler leur fertilité, de décider librement du nombre et de l’espacement de leurs enfants et de choisir la méthode contraceptive qui leur convient.

En outre, cette disposition prévoit que les États doivent adopter des mesures légales permettant l’interruption médicale de grossesse dans certaines situations précises, notamment en cas de viol, d’inceste ou d’agression sexuelle, lorsque la grossesse met en danger la santé physique ou mentale de la femme ou la vie de la mère, ou encore lorsque le fœtus présente des anomalies graves incompatibles avec la vie.

Redonner tout son sens au 8 mars

Première intervenante après le mot d’ouverture prononcé par Bibiche Mbete, coordonnatrice du RJSSR, Octavie Ndunga, juge au Tribunal de grande instance de Kinshasa-Matete et secrétaire exécutive du réseau des magistrats engagés pour la mise en œuvre de l’article 14 du Protocole de Maputo, a insisté sur la nécessité de redonner sa véritable signification à la Journée internationale des droits des femmes.

Selon elle, cette journée ne devrait pas se limiter aux célébrations festives ou au port du pagne, mais plutôt constituer un moment de prise de conscience et de sensibilisation des femmes sur leurs droits.

« Nous sommes venus apporter notre contribution à la vulgarisation et à la compréhension de cette journée. Aujourd’hui, elle tend à perdre son sens en se résumant à des fêtes et au port de pagnes, alors qu’il s’agit avant tout d’une journée de sensibilisation permettant à la femme de prendre conscience de ses droits et des avancées obtenues grâce aux luttes menées », a-t-elle expliqué.

Elle a notamment évoqué les progrès réalisés dans la participation des femmes aux postes de responsabilité publique, tout en soulignant que ces avancées devraient être perçues comme des victoires collectives qu’il convient de consolider par la poursuite des efforts de sensibilisation.

Dans cette perspective, elle a encouragé les initiatives de vulgarisation menées par les organisations et les médias afin de mieux informer les femmes sur leurs droits reconnus par la loi.

Les réalités observées sur le terrain médical

Intervenant sur le volet sanitaire, le Dr Michael Mboma, médecin à l’Hôpital général de référence de Makala et responsable de la clinique chargée de la prise en charge des victimes de violences basées sur le genre, a présenté aux journalistes les réalités constatées sur le terrain.

Selon lui, l’avortement demeure une réalité dans la société congolaise. Le Protocole de Maputo, publié au Journal officiel en 2018, prévoit d’ailleurs des cas précis dans lesquels l’interruption de grossesse peut être autorisée, notamment lorsque la santé physique ou mentale de la femme est menacée, en cas de viol, d’inceste ou lorsque la grossesse est incompatible avec la vie.

Le médecin a toutefois relevé plusieurs obstacles à l’accès aux services d’avortement sécurisé en RDC, particulièrement dans la ville de Kinshasa.

Parmi ces difficultés figurent notamment la méconnaissance de la loi, le coût des services, la stigmatisation sociale et l’objection de conscience de certains prestataires de santé.

Il a également mis en garde contre les pratiques d’avortement clandestin, souvent réalisées dans des conditions dangereuses, qui exposent les femmes à de graves risques sanitaires.

Article 14 : entre avancées et défis

De son côté, l’expert juridique Baudouin Kipaka, dernier intervenant de la rencontre, a présenté les avancées réalisées par la République démocratique du Congo dans la mise en œuvre de l’article 14 du Protocole de Maputo.

Il a souligné que la RDC figure parmi les pays ayant enregistré des progrès notables dans la promotion des droits des femmes, notamment grâce à l’adoption de plusieurs textes juridiques nationaux visant à renforcer l’application du protocole.

Cependant, il a également relevé plusieurs défis persistants, parmi lesquels l’insécurité dans certaines régions du pays, le manque d’information du public et l’impunité dans l’application de certaines dispositions légales.

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