04/02/2026
Kinshasa - Rdc
Politique

Lumumba enterré, Jonas Mukamba interpellé : la promesse face à l’Histoire ( Par Mingiedi Mbala N’zeteke Charlie Jephthé, Activiste, penseur et notable de Madimba )

La Coupe d’Afrique des Nations 2025 aura marqué bien plus que le palmarès sportif africain. Pour la République démocratique du Congo, elle a ravivé une mémoire longtemps enfouie et replacé l’Histoire au cœur de l’actualité nationale et internationale.

Dans les tribunes, un homme a imposé le silence là où dominaient les clameurs : Lumumba Vea, de son vrai nom Michel Kuka Mboladinga. Debout, immobile, les bras levés durant chaque rencontre des Léopards, il a transformé les stades en lieux de recueillement et les écrans en espaces de mémoire collective. Sans slogan ni discours, son geste a rappelé au monde que Patrice Emery Lumumba n’est pas qu’une figure du passé, mais une plaie toujours ouverte dans la conscience congolaise.

Cette mobilisation silencieuse a ravivé l’intérêt mondial autour de l’assassinat de Lumumba, héros de l’indépendance congolaise, exécuté le 17 janvier 1961 avec ses compagnons Maurice Mpolo et Joseph Okito. Elle a également remis en lumière des interrogations fondamentales, longtemps étouffées, que sa fille Julianna Lumumba résumait avec gravité : comment, quand, où et par qui son père a-t-il été assassiné ? Autant de questions restées sans réponses claires.

Pendant des décennies, l’Histoire officielle s’est contentée d’une date – le 17 janvier 1961 – érigée en tombe symbolique, laissant le corps, la vérité et la mémoire errer dans un vide historique. Le retour récent d’une relique de Lumumba a constitué un geste fort, mais il a aussi ravivé la douleur des familles de Maurice Mpolo et de Joseph Okito, toujours en quête de reconnaissance officielle, de justice mémorielle et d’une place pleine et entière dans le récit national.

Au cœur de cette mémoire inachevée figure Jonas Mukamba Kadiata Nzemba, dernier témoin vivant des événements entourant l’arrestation et le transfert de Lumumba et de ses compagnons. Sur les ondes de Top Congo FM, dans l’émission Mémoire animée par Christian Lusakueno, il avait fait une déclaration restée gravée dans les esprits : après l’enterrement de Lumumba, il s’engageait à dire toute la vérité.

Jonas Mukamba reconnaît avoir été présent à bord de l’avion ayant transporté Lumumba, Mpolo et Okito de Moanda à Lubumbashi, le 16 janvier 1961. Il évoque des faits précis : prisonniers aux yeux bandés, coups portés, changement inexpliqué de destination, silence soudain de Ferdinand Kazadi, et arrivée à Lubumbashi sous l’autorité du gouvernement sécessionniste katangais, représenté notamment par Godefroid Munongo, Jean-Baptiste Kibwe et Cléophas Mukeba, avec la présence d’officiers congolais de haut rang.

La question de l’identité des pilotes, congolais et étrangers, impliqués dans ce transport demeure également centrale pour reconstituer la chaîne des responsabilités et établir la vérité historique.

Sur le plan juridique, aucune condamnation n’a jamais été prononcée contre Jonas Mukamba. Son arrestation en 1997 à Mbujimayi, lors de l’avancée de l’AFDL, s’était soldée par une libération ordonnée par Laurent-Désiré Kabila après la prise de Kinshasa. Mukamba a toujours affirmé n’avoir jamais été jugé, rappelant que Mzee Kabila lui avait reconnu une dette morale, notamment pour l’avoir protégé d’une extradition vers le Zaïre lorsqu’il était ambassadeur en Italie dans les années 1980.

Une plainte déposée en 2006 à la Cour suprême de justice, contestant sa candidature à la présidentielle en raison de son implication supposée dans l’affaire Lumumba, s’était également soldée par un rejet.

Le principe de la présomption d’innocence demeure donc intact. Cette tribune n’accuse ni ne juge. Elle pose cependant une exigence : celle de la responsabilité historique et morale, distincte de la responsabilité pénale. Lorsqu’un témoin détient des éléments essentiels pour la conscience nationale, le silence devient un enjeu collectif.

Dans cette perspective, la création d’une Commission Vérité-Mémoire indépendante sur l’assassinat de Lumumba, Mpolo et Okito apparaît aujourd’hui comme une nécessité. La Conférence nationale souveraine avait amorcé ce travail, sans toutefois en explorer toutes les ramifications, notamment l’identification complète des exécutants et des chaînes de commandement.

Cette commission devrait entendre Jonas Mukamba comme témoin clé, identifier les militaires et pilotes impliqués, et consacrer Maurice Mpolo et Joseph Okito comme martyrs à part entière de la Nation.

La Fondation Patrice Emery Lumumba (FPEL), dirigée par Roland Lumumba, est appelée à jouer un rôle central dans le suivi de la parole promise, notamment en veillant à l’archivage et à la diffusion intégrale du témoignage enregistré sur Top Congo FM.

Si l’élévation récente de plusieurs figures de l’indépendance au rang de héros nationaux constitue une avancée symbolique, elle ne saurait suffire. L’État congolais est désormais attendu sur le terrain de la vérité historique, afin que l’Histoire du Congo s’écrive à Kinshasa, et non ailleurs, conformément à la prophétie de Patrice Lumumba.

Car le Congo ne peut plus se satisfaire de symboles sans vérité, de reliques sans justice, ni de commémorations sans parole.

Lumumba est désormais enterré.

Mpolo et Okito attendent encore leur pleine reconnaissance.

La promesse de Jonas Mukamba demeure suspendue.

L’Histoire observe.

Le peuple attend.

Par Mingiedi Mbala N’zeteke Charlie Jephthé

Activiste, penseur et notable de Madimba

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