L’annonce de la création du mouvement politico-militaire Front pour la Refondation de la Nation (FRN) par l’ancien président Joseph Kabila provoque honte, indignation et colère chez tout Congolais soucieux du salut de la Patrie. Cette aventure dangereuse n’est pas un simple projet politique. C’est le retour d’une méthode déjà connue : prendre les armes avec le soutien des pays voisins aux intentions expansionnistes, principalement le Rwanda, endeuiller le peuple, puis exiger un partage du pouvoir. Il est important de comprendre pourquoi cette méthode est dangereuse et pourquoi elle doit être rejetée sans ambiguïté.
L’Est de la RDC ne doit plus être l’otage de la scélératesse politico-militaire
L’Est de la République démocratique du Congo a trop souffert. Depuis des années, ses populations sont prises en otage par des ambitions politiques qui utilisent la guerre comme moyen de pression. Au fond, quand un acteur politique décide de prendre les armes, il ne s’attaque pas seulement à l’État. Il s’attaque directement aux familles, aux villages et à la vie quotidienne des habitants.
On ne peut plus accepter qu’après avoir provoqué la mort et compromis l’intégrité territoriale avec l’aide de troupes étrangères, ces mêmes acteurs reviennent réclamer un dialogue pour obtenir des postes. Cela reviendrait à dire que la violence est un moyen légitime d’accéder au pouvoir. Or, la violence ne peut pas devenir un raccourci politique. L’Est n’est pas un butin. Ses terres et ses habitants ne sont pas des monnaies d’échange.
Pendant que certains calculent leurs chances de retour, des Congolais tombent sous les balles. Aujourd’hui, les rapports les plus sérieux font état d’un bilan humain allant généralement de 5,4 millions à plus de 6 millions de morts depuis le début des conflits, vers 1997. Derrière ces chiffres, il y a des vies humaines. C’est cela qu’il faut toujours garder présent à l’esprit : il y a effectivement des personnes qui perdent la vie dans les circonstances les plus inhumaines.
Le sang du peuple n’est pas une monnaie politique
Nous refusons que le sang des Congolais soit transformé en monnaie d’échange politique sous quelque forme que ce soit. Nous refusons qu’une rébellion armée ouvre la voie à des négociations sur le partage du pouvoir, pour soi-disant sauver la Nation.
Comment prétendre sauver la Nation en empruntant les moyens qui tuent les filles et les fils de cette même Nation ?
Nous refusons que ceux qui imposent la guerre puissent ensuite utiliser leurs armes comme argument pour obtenir des responsabilités. Le peuple congolais n’est pas amnésique à ce point !
Certes, le dialogue politique a un sens. Il sert à résoudre des différends dans le respect des institutions. Et c’est dans cet esprit que le Chef de l’État, Son Excellence Félix-Antoine Tshisekedi, a ouvert la voie au dialogue national pour la paix, le développement et la refondation de la Patrie. Dès lors, d’où viendrait la nécessité de prendre les armes ?
En effet, si l’on accepte que celui qui a pris les armes obtienne des postes, on envoie un message clair à tous : le fusil est plus rentable que le vote. Et ce message encourage d’autres à faire de même.
Sortir du cycle infernal des rébellions qui se nourrissent les unes des autres
Pour bien comprendre le danger actuel, il faut regarder comment ce cycle s’est installé depuis des décennies.
En 1996-1997, l’AFDL prend le pouvoir par les armes et met fin au régime de Mobutu. Laurent-Désiré Kabila arrive à la tête de l’État non par les élections, mais par la force militaire, accompagnée principalement par des troupes rwandaises et ougandaises.
Très rapidement, en 1998, de nouvelles rébellions, le RCD et le MLC, suivies plus tard par des dissidences du premier, notamment le RCD/K-ML et le RCD/N, se dressent contre ce pouvoir : c’est le début de la deuxième guerre du Congo. Des millions de Congolais meurent. Les accords de paix qui suivent intègrent les chefs de guerre dans les institutions. La violence est ainsi récompensée en se donnant une apparente légitimité transitoire.
Joseph Kabila succède à son père assassiné en 2001, dans un contexte de guerre et de négociations. Les accords de Sun City (2002-2003) et de Pretoria confirment une règle dangereuse : ceux qui ont pris les armes obtiennent des postes, des grades et une part du pouvoir. Cette règle devient une leçon politique. Elle enseigne que, pour exister et peser, il faut d’abord faire peur avec le fusil.
Plus tard, le CNDP apparaît et répète la leçon, puis le M23. À chaque fois, le même scénario : rébellion, pression militaire sur l’État, négociations, intégration ou amnistie, puis nouvelles frustrations et nouvelles prises d’armes. Les populations de l’Est paient le prix à chaque étape.
Aujourd’hui, l’ancien président Joseph Kabila, qui a lui-même gouverné le pays pendant dix-huit ans dans ce système, annonce un mouvement politico-militaire. Le cycle se perpétue. Celui qui a bénéficié de la logique de la rébellion et des arrangements sous la contrainte des armes se relance dans ce schéma.
Cela montre clairement que ce système ne produit jamais une paix durable. Il prépare seulement la rébellion suivante. Tant que la rébellion restera une voie d’accès privilégiée au pouvoir, d’autres suivront. Tant que les négociations serviront à récompenser ceux qui ont endeuillé le pays, l’Est restera un champ de bataille.
Voilà pourquoi il faut une décision ferme et courageuse pour mettre fin à cette mésaventure. Son Excellence M. Adolphe Muzito, initiateur du parti politique Nouvel Élan, l’avait dit en des termes clairs en 2019 : « Il faut faire la guerre au Rwanda » et à ses supplétifs qui endeuillent notre peuple et compromettent notre destin collectif en tant que nation.
Le choix de la diplomatie ayant pérennisé la résurgence des rébellions, il est temps de choisir la voie militaire pour défendre, libérer et protéger le pays. Car, si la rébellion est abjecte, la défense de la patrie est un devoir civil et patriotique qui engage légalement et légitimement l’armée républicaine, dont le Chef de l’État est le Commandant suprême.
Nous en appelons ici au leadership de Son Excellence Monsieur le Président de la République pour briser le cycle de la rébellion au moyen d’une armée républicaine dissuasive.
Pourquoi soutenir le Président de la République et défendre les institutions contre le retour de la force ?
C’est précisément pour sortir de ce cycle qu’il faut soutenir le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, dans ses efforts sans relâche pour ramener la paix à l’Est et rétablir l’autorité de l’État sur toute l’étendue du pays.
En effet, le Président Tshisekedi représente aujourd’hui les institutions démocratiques et légitimes de la République. Il est arrivé au pouvoir par la voie constitutionnelle et électorale, et non par les armes. Dans un pays où trop d’acteurs ont fait de la rébellion un tremplin, défendre le Chef de l’État, c’est défendre le principe selon lequel le pouvoir se conquiert et s’exerce dans le cadre des institutions, et non dans les maquis.
Soutenir le Président de la République n’est pas un simple choix de camp. C’est un choix de la méthode démocratique. C’est affirmer que la seule légitimité acceptable est celle qui vient de la volonté populaire exprimée par les urnes. C’est refuser que l’ancien président Joseph Kabila, ou quiconque d’autre, puisse à nouveau transformer l’Est en base arrière militaro-politique pour imposer un rapport de force à la Nation.
Face à ceux qui choisissent encore la voie des armes, le Président de la République porte la responsabilité de défendre la souveraineté nationale, l’intégrité territoriale et la paix. Le soutenir dans cette mission, c’est protéger l’État lui-même contre le retour des chefs de guerre. C’est dire clairement que la République ne négociera plus son existence avec ceux qui la menacent sans cesse.
L’appel à la communauté internationale : empêcher l’institutionnalisation de la rébellion
La responsabilité n’incombe pas seulement aux Congolais. La communauté internationale a aussi un rôle à jouer, notamment à cause de l’implication avérée du Rwanda dans la crise sécuritaire à l’Est de notre pays.
Trop longtemps, la communauté internationale a accepté des négociations qui récompensaient la prise d’armes par des postes et des amnisties, contribuant ainsi à institutionnaliser la rébellion comme voie d’accès au pouvoir en RDC.
Face à l’annonce du FRN par Joseph Kabila, quelques jours seulement après le passage de la délégation de l’Union africaine à Goma, la communauté internationale, particulièrement l’UA, doit condamner clairement toute tentative de revenir au pouvoir par les armes et s’employer à empêcher que la rébellion soit à nouveau légitimée pour négocier son chemin de retour vers le pouvoir.
Soutenir les institutions de la République, refuser tout arrangement qui légitime la violence : telle doit être la ligne. La rébellion n’est pas une institution et ne doit jamais le devenir.
L’appel à la mobilisation citoyenne
Nous appelons en définitive à une large mobilisation citoyenne autour d’un principe simple et non négociable : la violence armée ne peut plus ouvrir la porte du pouvoir en République démocratique du Congo.
TROP, C’EST TROP !
Aucune ambition individuelle, aucun calcul partisan, aucun arrangement politique ne peut être supérieur à la vie du peuple congolais. La paix n’est pas une récompense pour les porteurs d’armes.
C’est un droit pour chaque Congolais.
La République démocratique du Congo mérite mieux que la guerre comme instrument de conquête du pouvoir. Elle mérite la paix, la stabilité et un avenir dans lequel la volonté du peuple, le respect des institutions et la défense de la souveraineté nationale constituent les fondements de la vie démocratique.
Alain Shukuru

