À Kinshasa, la crise de TRANSCO n’est plus un simple dysfonctionnement administratif. Elle est devenue le symbole d’une gouvernance publique dévoyée, où la communication remplace l’action, où la loyauté politique prime sur la compétence, et où l’intérêt général est sacrifié sur l’autel des calculs personnels.
UNE SUSPENSION SANS BASE LÉGALE : LE GLISSEMENT VERS L’ARBITRAIRE
La suspension du Directeur général Cyprien Mbere et de son adjoint Bwatuka a été présentée comme la conséquence d’un audit. Or, à ce jour, aucun audit officiel, aucun rapport administratif, aucun arrêté ministériel ne vient étayer cette affirmation.
Nous sommes face à un précédent grave : l’éviction de dirigeants légalement nommés, en violation flagrante des procédures, dans un établissement public stratégique. Ce n’est plus une erreur administrative ; c’est une atteinte directe à l’État de droit. Gouverner par l’arbitraire, c’est affaiblir la République.
D’UNE ENTREPRISE STABILISÉE À UN CHAOS ORGANISÉ
Contrairement au discours officiel, le comité intérimaire n’a pas hérité d’une TRANSCO en faillite. Il a hérité :
d’une entreprise sans arriérés de salaires,
de fonds disponibles pour la relance du parc automobile, notamment une enveloppe de 560.000.000 FC expressément destinée à l’achat de pneus et batteries pour la remise en circulation de plus de 120 bus,
d’un budget 2025 de plus de 31 milliards de francs congolais, obtenu grâce à une gestion responsable.
Aujourd’hui, le constat est accablant, estomaquant et amer :
des salaires impayés, des bus immobilisés, des agents abandonnés, et une part substantielle des ressources publiques — y compris près de 30 % des 31 milliards FC — absorbée par la gestion intérimaire elle-même, sans impact visible sur le service public. Voilà la réalité derrière la façade.
LA DESTRUCTION MÉTHODIQUE DES ACQUIS
Le comité Mbere-Bwatuka avait restauré le dialogue social, assaini les finances, mis fin aux conventions médicales ruineuses et doté TRANSCO d’un centre de santé fonctionnel. Ces acquis, fruits d’une gouvernance responsable, sont aujourd’hui fragilisés, voire sabotés, par une gestion improvisée et politisée.
La paix syndicale, la confiance de l’État et l’espoir des agents ont été méthodiquement démantelés.
LA MANIPULATION DES FAITS COMME MODE DE GOUVERNANCE
La récupération de projets initiés avant l’arrivée du comité intérimaire – notamment la digitalisation des bus – révèle une pratique dangereuse : transformer le mensonge en stratégie politique. Or, on ne reconstruit pas un service public sur la falsification des faits.
Avec moins de quarante bus pour une métropole de plus de dix-huit millions d’habitants, TRANSCO est aujourd’hui incapable de remplir sa mission de service public. Ce naufrage n’est pas une fatalité technique ; il est le produit d’un choix politique : celui de la démagogie contre la compétence, du clientélisme contre la responsabilité.
UN APPEL À LA RESPONSABILITÉ RÉPUBLICAINE
La crise de TRANSCO interpelle le Gouvernement, le Parlement et les institutions de contrôle. Un service public ne peut être géré comme un butin politique. Les entreprises de l’État ne sont pas des terrains d’expérimentation pour des intérimaires sans légitimité ni résultats.
L’histoire jugera sévèrement ceux qui auront sacrifié la mobilité des Kinois et la dignité des agents sur l’autel de la communication politique.
Sé/
Flory BWATUKA KATEMA
DGA TRANSCO



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