Une enquête de Human Rights Watch (HRW) met en lumière les graves conséquences sanitaires et environnementales des activités de Perenco, unique producteur de pétrole en République démocratique du Congo. L’organisation accuse la compagnie pétrolière de contribuer à une pollution persistante de l’air, des sols et des cours d’eau dans la région de Muanda, au Kongo Central, et appelle le gouvernement congolais à publier sans délai les résultats de l’audit environnemental en cours.
Réalisée en janvier 2026, l’enquête repose sur des entretiens avec 45 personnes, dont des habitants, des travailleurs du secteur pétrolier, des professionnels de santé, des responsables gouvernementaux et des experts en environnement. Human Rights Watch s’est également appuyée sur des images satellites, des vidéos et des photographies géolocalisées pour documenter les impacts des activités de Perenco.

Torchage de gaz et pollution atmosphérique
Selon le rapport, Perenco poursuit le torchage du gaz sur plusieurs sites de stockage et de traitement du pétrole situés à proximité immédiate des habitations. Human Rights Watch affirme avoir identifié cinq sites actifs entre janvier 2025 et mars 2026, dont certains se trouvent à moins de 80 mètres des zones résidentielles.
Les habitants interrogés dénoncent une exposition quotidienne à des fumées et à des odeurs de gaz qu’ils associent à des troubles respiratoires, des maux de tête, des douleurs thoraciques, des vertiges et des nausées. Des professionnels de santé locaux rapportent également une fréquence élevée de maladies respiratoires, notamment chez les enfants vivant à proximité des installations pétrolières.
L’organisation rappelle que le torchage du gaz est interdit par la législation congolaise, sauf dérogation accordée par le ministère des Hydrocarbures. Ni Perenco ni les autorités n’ont indiqué si une telle autorisation avait été délivrée.
Déchets pétroliers et contamination des sols
Le rapport pointe également l’exploitation par Perenco d’un site de traitement des déchets où des résidus pétroliers, notamment des paraffines issues des opérations de forage, seraient brûlés dans des incinérateurs à ciel ouvert.
Des témoignages recueillis auprès des riverains font état d’importantes fumées nocturnes atteignant les villages voisins, provoquant toux persistante, difficultés respiratoires, douleurs thoraciques et nausées. Des analyses d’experts citées par Human Rights Watch évoquent par ailleurs la présence de concentrations élevées de particules fines et de composés organiques volatils autour de ces installations.

Fuites de pétrole dans les rivières
L’organisation de défense des droits humains dénonce également des déversements répétés de pétrole brut provenant de puits et de pipelines vieillissants. Les chercheurs affirment avoir observé plusieurs têtes de puits présentant des résidus de pétrole ainsi que des pipelines fortement dégradés traversant des villages, des terres agricoles et des cours d’eau.
Selon plusieurs habitants, les fuites contaminent régulièrement les rivières utilisées pour la baignade et les activités domestiques, particulièrement lors des fortes pluies.
Human Rights Watch rappelle que des études indépendantes menées en 2013 puis en 2025 avaient déjà mis en évidence une contamination importante des eaux et des sols par des hydrocarbures, des métaux lourds, du plomb, du mercure et d’autres substances toxiques susceptibles d’avoir des effets graves sur la santé humaine.
Un audit attendu, mais toujours confidentiel
Face aux nombreuses accusations de pollution, le gouvernement congolais avait lancé en décembre 2024 un audit environnemental et fiscal des activités de Perenco. Toutefois, Human Rights Watch regrette qu’aucun calendrier de publication du rapport final n’ait été communiqué, qu’aucune conclusion provisoire n’ait été rendue publique et qu’aucune donnée officielle sur la qualité de l’air, des sols ou de l’eau ne soit accessible.
L’organisation estime que cette absence de transparence prive les populations concernées de leur droit à l’information et complique l’évaluation des risques sanitaires auxquels elles sont exposées.
Perenco rejette les accusations
Interrogée par Human Rights Watch, Perenco conteste les conclusions de l’enquête. L’entreprise affirme que ses activités ne provoquent ni pollution de l’air, ni contamination des sols ou des eaux, ni problèmes sanitaires liés à ses opérations.
La société soutient avoir investi plus de 100 millions de dollars depuis 2021 dans la maintenance de ses infrastructures, le remplacement de pipelines et la prévention des pollutions. Elle indique également avoir supprimé 220 points de torchage et poursuivre des discussions avec les autorités congolaises afin de réduire davantage cette pratique.
Perenco estime par ailleurs que d’autres facteurs, tels que le vandalisme de ses installations, le trafic illicite de carburant ou certaines activités humaines locales, contribuent également à la dégradation de l’environnement dans la région.
Human Rights Watch appelle à plus de transparence
Au regard des obligations internationales de la RDC en matière de droit à la santé, Human Rights Watch demande au gouvernement de publier immédiatement les résultats provisoires de l’audit environnemental, de rendre publiques toutes les données de surveillance de la qualité de l’air, de l’eau et des sols, et de renforcer le contrôle des activités pétrolières dans la concession de Muanda.
L’organisation estime que les autorités congolaises doivent reconnaître les risques sanitaires auxquels sont exposées les populations vivant à proximité des installations de Perenco et prendre des mesures urgentes pour réduire leur exposition à la pollution.



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