Flory Mapamboli, un cuistre qui voudrait aujourd’hui donner des leçons d’économie à ceux qui en ont fait leur métier ?
Comme le disait Lucien de Samosate : « Si la barbe suffisait à la sagesse, un bouc vaudrait Platon. »
Il ne suffit effectivement pas d’avoir occupé une fonction dans l’administration financière pour s’ériger en professeur de finances publiques. L’expertise se construit par les études, l’expérience, la pratique, mais surtout par la profondeur de la maîtrise des mécanismes économiques et financiers.
Après une formation en sciences commerciales et quelques années d’expérience dans la gestion publique, chacun est libre d’exprimer son opinion. Mais il faut savoir faire la différence entre exprimer une réserve légitime et prétendre détenir la vérité absolue sur une matière aussi complexe que la dette publique.
Aujourd’hui, certains découvrent soudainement les subtilités des finances publiques et se présentent comme les nouveaux professeurs de l’économie congolaise. Pourtant, l’économie ne se résume ni à quelques additions, ni à un calcul d’intérêts, encore moins à une publication sur les réseaux sociaux.
La gestion de la dette souveraine obéit à des considérations multiples : conditions d’émission, maturité, coût du financement, risque de marché, liquidité, calendrier d’exécution des projets, gestion de trésorerie, crédibilité de la signature souveraine et perspectives macroéconomiques.
Réduire toute cette équation à la seule question du coût de portage des liquidités relève davantage du raccourci politique que de l’analyse financière complète.
Et c’est précisément là que le discours de certains anciens responsables mérite d’être recadré.
Avant de donner des leçons au ministre actuel, il serait peut-être utile de regarder dans le rétroviseur et de présenter le bilan de ceux qui ont eu la responsabilité de gérer les finances publiques avant lui.
Les Congolais ont le droit de demander : qu’avez-vous laissé derrière vous ?
Car la crédibilité en matière de finances publiques ne se décrète pas. Elle se construit par les résultats.
Aujourd’hui, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi est confronté à une responsabilité considérable : mobiliser des ressources, restaurer la crédibilité financière de l’État, diversifier les sources de financement et accompagner la réalisation de projets structurants.
L’entrée historique de la RDC sur le marché international des capitaux avec son premier Eurobond constitue, à ce titre, une opération majeure. La demande des investisseurs a largement dépassé le montant recherché, démontrant l’intérêt du marché pour la signature congolaise.
On peut naturellement discuter du coût de l’opération. On peut questionner le calendrier des décaissements. On peut demander davantage de transparence.
Mais prétendre qu’un Eurobond se gère comme une simple caisse que l’État remplit et vide au gré de ses factures, c’est méconnaître la réalité des marchés financiers internationaux.
Le véritable débat doit porter sur le coût global du financement, les conditions obtenues, la stratégie de trésorerie, le calendrier des investissements et surtout la capacité du Gouvernement à transformer les ressources mobilisées en infrastructures, en croissance et en valeur économique.
C’est cela, le véritable débat.
Mais face à l’exploit accompli dans un domaine où certains n’ont pas nécessairement laissé le meilleur souvenir, la tentation semble être de chercher à discréditer plutôt qu’à analyser.
On nous parle alors de « surendettement », comme si tout recours à l’emprunt constituait automatiquement une mauvaise gestion.
Non. Une dette n’est ni bonne ni mauvaise par nature. Tout dépend de son coût, de son utilisation, de sa soutenabilité et de la capacité de l’investissement financé à produire de la valeur.
La RDC ne doit évidemment pas s’endetter sans discipline. Mais elle ne peut pas non plus prétendre transformer son économie sans mobiliser des capitaux pour financer ses infrastructures, son énergie, ses transports et ses secteurs productifs.
Il faut donc sortir des caricatures.
Le ministre des Finances n’a pas besoin de bénéficier d’un blanc-seing. Il doit être contrôlé, questionné et évalué sur ses résultats. Mais ceux qui le critiquent doivent eux aussi accepter que leur propre bilan soit examiné à la lumière de leurs responsabilités passées.
La critique est saine. La mauvaise foi ne l’est pas.
Et si certains veulent véritablement contribuer au débat économique national, qu’ils viennent avec des chiffres, des comparaisons, des propositions et des analyses contradictoires.
Pas avec des procès d’intention.
La population congolaise n’est peut-être pas composée d’économistes, mais elle sait reconnaître une infrastructure qui sort de terre, un projet qui avance, une réforme qui se concrétise et une ressource qui commence à produire des résultats.
Le temps où quelques chiffres jetés sur les réseaux sociaux suffisaient à impressionner l’opinion est révolu.
Le peuple veut des résultats.
Et le ministre Doudou Fwamba doit être jugé sur ceux-ci, comme devront l’être tous ceux qui ont eu, ont ou auront la responsabilité de gérer les finances de la République.
Car au-delà des querelles de personnes, une seule question mérite finalement de nous rassembler :
qui travaille réellement à renforcer la puissance financière et économique de la République démocratique du Congo ?

