Face à l’essor des violences numériques en République démocratique du Congo, les journalistes sont appelés à renforcer leur vigilance et leur responsabilité professionnelle. Cet appel a été lancé samedi à Kinshasa lors d’un déjeuner de presse organisé par le Réseau des journalistes pour la santé sexuelle et reproductive (RJSSR), en partenariat avec MSI RDC.
La rencontre, qui a réuni plusieurs professionnels des médias, a mis en lumière les nouvelles formes de violence en ligne qui se développent avec la digitalisation : deepfake, chantage numérique, usurpation d’identité, exposition non consentie de données personnelles. Autant de pratiques qui prennent de l’ampleur et menacent durablement les victimes.
« Les journalistes travaillent à circuit ouvert »
Pour Obul Okwess, chef de travaux à l’Unisic, le rôle des médias devient encore plus crucial dans ce contexte.
« Là où chacun travaille à circuit fermé, les journalistes travaillent à circuit ouvert. Une seule erreur suffit pour tout exposer. Ils doivent choisir l’intérêt public et humain avant toute autre considération », a-t-il insisté, mettant en garde contre les conséquences potentiellement irréversibles d’une information mal traitée.
Des impacts psychologiques réels et durables
La dimension psychologique des violences numériques a également été analysée par docteur Grâce Bilungula du CNPP, médecin en neuro psychiatrie. Selon elle, ces violences peuvent provoquer anxiété, dépression, troubles du sommeil, isolement, ou encore une baisse du rendement scolaire ou professionnel, avec parfois des séquelles à long terme.
« Donner la bonne information, éviter d’amplifier les contenus violents et expliquer à la population comment identifier les signes psychologiques chez les victimes fait partie de leurs responsabilités », a-t-elle souligné.
Un cadre juridique existant mais encore méconnu
Sur le plan légal, Me Serge Tamundele a rappelé que les textes congolais sanctionnent clairement ces abus. L’article 174b du Code pénal et l’article 360 du Code du numérique répriment notamment l’atteinte à la vie privée, l’usurpation d’identité, la diffusion non consentie de contenus ou encore de nombreuses formes de violence basées sur le genre.
« En RDC, il existe un cadre légal qui protège les personnes victimes de violences. (…) J’appelle les utilisateurs des réseaux sociaux à ne pas commettre des faits infractionnels, notamment le harcèlement »,
a-t-il déclaré.
Il a également insisté sur la nécessité, pour les journalistes, de protéger les victimes dans leur traitement de l’information : anonymisation, confidentialité, choix de termes non stigmatisants, et bonnes pratiques visant à éviter toute revictimisation.
Le RJSSR encourage une mobilisation accrue
Pour Bibiche Mbete, coordonnatrice du RJSSR, le rôle des journalistes est essentiel dans la lutte contre les violences numériques.
« Le journalisme est aussi un engagement. Un like ou un partage peut sauver ou ruiner une vie. Les violences numériques sont silencieuses, mais leur impact sur la santé mentale est énorme »,
a-t-elle affirmé, encourageant les professionnels des médias à utiliser les réseaux sociaux comme outils de sensibilisation.
Dans le cadre des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre, le RJSSR a lancé une campagne numérique mettant en avant témoignages et récits de victimes comme d’auteurs, afin de montrer l’ampleur du phénomène et d’appeler à davantage de vigilance.



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